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BON SANG NE SAURAIT MENTIR.

Dans une récente KronicK au sujet du Boson de Higgs (dont tout le monde se contrefout), je citais Augustine Bécherel, ma défunte grand-mère maternelle. 

Née au IXXem siècle vers les années 1885, elle avait osé divorcer, et vivait en dehors des liens sacrés du mariage, puis après avoir viré avec pertes et fracas son compagnon, elle avait élevé seule ses six filles.

Admirable, me direz-vous. Que nenni !!! 

Augustine était la plus grande emmerdeuse et la plus méchante femme du département, une sorte de Calamity Jane normando-bretonne. Haute de près d'un mètre quatre vingt, à peu près aussi baraquée que le dénommé Triple H, Augustine n'avait peur de rien, ni de personne. En plus, élevée elle même à la dure, elle avait développé des méthodes éducatives qui lui étaient propres.

Dès les six ans révolus, les filles d'Augustine devaient se lever tôt pour aller traire avant de filer à l'école. Gare à celle qui trainait un peu, la trique n'était jamais loin et la mère délogeait la feignasse à grands coups de canne. Malheur au voisin ou à la voisine qui gentiment essayait de lui faire admettre que ce traitement était un peu "dur". Là, la vieille chargeait directement, le naseau fumant, le bras armé de n'importe quel objet contondant, voir même de quelque serpette prise au passage sur le tas de bois, la fuite était la seule solution.

Au lavoir, Augustine exigeait d'avoir la place la plus en amont, là ou l'eau était la plus claire. Plusieurs lavandières ont subi les foudres de ma grand-mère qui les délogeait à grands coups de battoir, pour finalement leur foutre le cul à l'eau. Quand elle levait un sourcil et tordait sa bouche pour dire : - "Ah nom de Diou, j'te m'en va y mett'une bette su'la goule à c'te vieul fi'd'putain", valait mieux prendre des distances, la baston était prète à démarrer. Tous les prétextes étaient bons, un regard ou une parole mal interprété, un geste considéré comme déplacé.

Une des filles (ma tante) a eu un jour le malheur d'être obligée d'avouer à Augustine qu'elle avait "fauté" et qu'elle était enceinte. Bilan de l'entrevue côté fille : un bras cassé, et une fausse couche dans la semaine qui a suivi suite aux coups de sabots dans le ventre. 

Le puit commun à plusieurs maisons, dont celle de la mère Bécherel, était un des endroits où les commères se réunissaient. Mais les réunions se terminaient dès qu'Augustine arrivait et chacune retournait à ses occupations. En effet, les palabres ne servaient à rien et "toutes ces feignasses f'raient bin mieux d's'occuper d'laver leur tchu". Lui résister était une utopie, sa violence n'avait pas de limites, une brave voisine en avait fais les frais en finissant au fond du puit. Il avait fallu l'intervention  du garde champêtre et de trois hommes pour la sortir de là, sous les invectives d'Augustine qui les traitait de "soulards"et de "vieux fi'd'garces". Même les gendarmes avaient renoncé.

Aujourd'hui, Augustine s'en est allée depuis un bon moment, les jeunes du village ne savent même pas qui c'était, sa tombe ne doit pas être très fleurie (de toute façon, elle aimait pas les fleurs).

Finalement, j'l'aimais pas plus que ça ma grand-mère, et d'ailleurs, j'sais pas pourquoi j'te raconte tout ça. Mais là, faut qu'j'y aille, j'm'en vais foutre une claque dans la gueule à ce connard endimanché qui fait gueuler sa radio un peu trop fort près de nos fenêtres. Va pas me faire chier ce salopard, j'vais lui montrer comment j'mappelle. Bon sang ne saurait mentir.

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