Y a pas si longtemps, je m'enfilais une chopine avec quelques potes au bistrot d'la mère Tapdur, et bien sur on refaisait le monde. Chacun y allait de son couplet du genre, si je gagne à l'Euromillion, j'arrête de bosser, j'me fais construire une super baraque avec piscine, j'm'achète la Dacia DUSTER, j'aurais des biffetons plein les poches pour boire des coups avec les potes, je balancerais plein de fric à mes gosses et à toute ma famille, et même j'achèterais une bagouze à ma femme.
Bref, tu vois un peu le délire.
Quand ça a été mon tour de parler, j'ai pas su quoi dire. Et puis j'ai dit que j'en avais rien à taper de toutes ces conneries, vu que je jouais jamais à rien. Ni grattage, ni tirage vu que ces pourris de l'état me piquaient déjà assez de pognon comme ça et que j'allais pas augmenter la note. J'ai ajouté que si par le plus grand des hasards, je me retrouvais à la tête d'une très très grosse somme d'argent, mais vraiment une montagne de fric, je garderais tout pour moi, que je me barrerais très loin sur une ile déserte pour plus voir leurs tronches, que le seul truc que j'achèterais ce serait une batterie de missiles pour flinguer sans sommations tout ce qui s'approcherait de mon ile.
Là, y a Riton qu'est un peu l'intellectuel de la bande qui m'a dit comme ça : - C'est de la misanthropie. Ça m'a un peu mis en colère parce que merde alors, ça commence tout petiot, t'es bien au chaud, peinard dans ta mère, tu crains rien, et vlan, y a une bande de pingouins déguisés qui t'oblige à sortir et qui te mettent une tarte si tu te mets pas à bieurler dans la minute qui suit. Bienvenue. Ensuite c'est le lolo qu'il faut boire pour être bon dans la bidoune (m'en fous j'ai pas faim et j'vais gerber, c'est dégueulasse c'te mixture), faut faire pipi et caca au pot pot, pourtant dans la couche, c'est bien chaud et bien confortable, mais non, on t'oblige. Dès que t'es propre et que tu sais aligner trois mots, hop, à l'école, puis au collège, puis au lycée, et à l'université, parce que papa et maman te voient avocat, chirurgien, ingénieur, patron d'une multinationale, général, ministre, pape, président du monde. Alors faut écouter les conneries des instits et profs qui sont jamais sortis de leur classes merdiques et qui veulent t'apprendre la vie. Si ça tombe, ils n'ont même pas de gosses ces cons là. Tu dois obtenir des diplômes, c'est super, des années d'études sanctionnées par une épreuve de deux heures. Et tout ça n'est qu'un début, nom de Dieu. Tiens justement, fallait que j'en parle de celui là. Comme plus tard tu vas forcément te marier à l'église, tu dois être baptisé, y a un clown qui te verse de la flotte sur la tête et qui a une boîte à fumée au bout d'une chaîne. Plus tard, c'est le même qui te fait avaler une rondelle insipide en essayant de te faire croire que c'est de la chaire humaine. Cannibale va !!!
Et puis faut gagner de l'argent, pour ça, tu dois travailler, par ce que voler c'est pas beau, d'mander la charité... Une fois encore, tu dois marner comme un bête, t'as forcement un chef qu'est con comme trente six ânes bâtés et des sous-fifres aussi feignants que des couleuvres, tes collègues sont des enfoirés qui ne cherchent qu'à te descendre. Et puis t'as une femme, adorable, au début. Rapidement, tu t'aperçois qu'elle te pompe tout ton fric, s'envoie le facteur et a sucé le livreur de pizzas et le patron du super marché. Ha oui, c'est vrai, t'as des gosses. Les deux derniers te ressemblent pas du tout, sont tout frisés et ont la peau mate. Merci Charles Martel.
Un jour, a force d'à force, tes collègues et tes subalternes ont ta peau, t'es viré comme un malpropre. Coucou pôle emploi, c'est moi que v'là !!!
Des jeunes trous du cul vont t'apprendre sans ménagement que t'es trop vieux, trop expérimenté, que ton expérience ne correspond à aucun intitulé du répertoire ROME, alors, t'es foutu, cuit, bon pour les Restaus du cœur, l'Armée du Salut, la soupe populaire, la rue. Ta femme s'est barrée avec les gosses, les meubles et ta voiture, on a vendu ta baraque.
Tu traînes ton RSA de bistrot en bistrot jusqu'à ce que plus personne ne te fasse crédit, même pour un café. Te reste plus que le Lidl du coin pour acheter ta bibine à 0,45€ les cinquante centilitres.
Et un jour, on te ramasse au coin d'une rue, tu marines dans ton dégueulis, t'as chié dans ton bénouze et tu pues comme une poubelle de pauvres un lendemain de réveillon. Pour toi c'est l'asile, le mouroir. On te fout pas la paix, y a une heure pour tout, pour te lever, te laver, bouffer, regarder la télé, te coucher, dormir. Y a rien pour la picole, que de la flotte, pouah !!! Tu peux même pas te faire la belle, ils t'ont chouré tes fringues, t'es en pyjama toute la sainte journée. Les autres pensionnaires sont encore plus abrutis que toi, pas de copains. Ta femme et tes gosses ne savent même plus que t'éxistes.
Quand enfin, arrive l'heure du grand départ, y a encore un salopard de toubib de mes deux qui va essayer de te garder un peu plus longtemps. Enfoiré va !!!
Et tu voudrais que je sois philanthrope ?