Moi, je me méfie toujours des étrangers. Quand je parle d'étrangers, je parle de tous ceux qui ne sont pas de la même nationalité que moi. En règle générale, j'les aime pas trop, les étrangers. D'ailleurs dans étranger y a étrange, et moi l'étrange c'est pas mon truc.
Ceux dont je me méfie le plus, ce sont d'une part les prussiens, c'est à dire tout ceux qui sont nés en Allemagne au nord du Danube, et d'autre part les Anglais, c'est à dire tout ceux qui sont nés un jour dans cette ile à la con, juste en face de la bonne ville de Calais.
Je hais les Prussiens parce qu'ils ont un jour envahi le plus beau pays du monde, la Bavière, et j'en veux aux Rosbeefs de nous avoir cramé Jeanne d'Arc, et foutu Napoléon à Sainte Hélène.
Dans le sud ouest, les British sont partout, pire que les doryphores dans un champ de patates. Ils ont acheté des ruines dans les campagnes ou au cœur des villages, et ils les ont arrangées, souvent avec goût, il faut bien l'admettre. A cause du climat plutôt chaud, du vin de Gascogne, des eaux de vie d'Armagnac, en gros de la douceur de vivre propre au pays d'Albret, ils ont découvert la sieste crapuleuse et fatalement, il y a eu des conséquences.
Je connais une conséquence qui doit avoir maintenant une vingtaine d'années. La première fois que je l'ai vu, il m'a dit « cha va biloute putaing cong » avec un très fort accent anglais mélangé avec l'accent du sud-ouest qui veut prendre des intonations ch'timi..
Nous avons donc affaire à un être hybride, persuadé qu'il est capable de nous enseigner les règles du cricket, alors que tout être humain normalement constitué s'aperçoit au bout de quelques instants que seul un cerveau « british » peut accéder aux arcanes de ce divertissement.
D'ailleurs, il est tellement bizarre qu'il ne me croit pas quand j'affirme que la bière anglaise n'est que de la pisse de jument malade, que le thé est juste bon pour prendre un bain de pieds, que même leurs meilleurs single malt ne valent pas une burne à côté d'une bouteille de Yoichi 20 ans d'âge, que pour avaler un « kidney pie » ou du « haggis » faut avoir un estomac en zinc, un palais en résine et les narines totalement obstruées.
Sinon, il est plutôt gentillet, on sait pas comment il se démerde mais il lui arrive toujours des trucs pas possibles, il a peur seul la nuit ; quand il sort, il ne boit que deux bières (la première et la dernière), on a toujours l'impression qu'il a chié dans son froc tellement le fond arrive entre les genoux, il mène de front des histoires d'amour tumultueuses. En plus, c'est le seul Anglais que je connaisse, que je puisse traiter de « fu....ed bas...rd » sans me retrouver face à un hooligan déchainé.
Alors, finalement, on l'aime bien l'tiot rosbeef.